Microsoft fait-il une bonne affaire en rachetant Nokia?

L’affaire avait fait grand bruit il y a environ 2 mois. En effet, début septembre Microsoft annonçait le rachat de la division mobile de Nokia pour environ 5,44 milliards d’euros. Était-ce une bonne affaire pour Microsoft?

On va analyser ce rachat de deux points de vue différents. Premièrement le prix de l’acquisition et puis le futur de la division téléphonique de Nokia dans Microsoft.

Prix

Le prix d’achat proposé par Microsoft peut paraître élevé au premier abord. En effet, dépenser plus de 5 milliards d’euros pour une division largement déficitaire cela peut paraître un paris très risqué. Cependant, si on compare ce montant à ce que Microsoft a déboursé pour Skype (NDLR: environ 6 milliards d’euros) ou le montant dépensé par Google pour racheter Motorola (NDLR: environ 9 milliards d’euros) on se rend compte que les montants dépensés sont clairement dans les normes. Même les montants annoncés pour le rachat de Blackberry (soit entre 3,5 et 4 milliards d’euros), qui est en bien plus mauvaise forme que Nokia, ne sont pas tellement éloignés.

On ajoutera que le montant de 5,44 milliards d’euros n’équivaut qu’à plus ou moins 30% des bénéfices annuels de Microsoft, ce qui ne met en aucun cas l’entreprise en danger ou dans l’obligation de rentabiliser immédiatement son investissement.

Finalement, cet achat sera pour Microsoft une très bonne opération fiscale. En effet, comme la majorité des multinationales, Microsoft a suite à des montages financiers des quantités non négligeables de liquidités présentes dans des paradis fiscaux. Cet achat permettra de ne pas payer de taxes au fisc américain sur le montant dû à Nokia et donc d’économiser environ 33% sur le prix d’achat, soit près de 1,8 milliards d’euros.

Le futur des téléphones

Pour garantir le futur de son système d’exploitation mobile, Microsoft était presque dans l’obligation de racheter Nokia. Car Nokia perdait de l’argent et était presque à court de liquidités malgré l’aide apportée par Microsoft lors de contrats précédents. Or Nokia avait une part de marché de presque 90% sur le segment Windows Phone, et un départ ou une diversification de ceux-ci aurait été catastrophique pour Microsoft.

En effet, la stratégie actuelle de Microsoft tend vers une standardisation de son écosystème. Cela s’est vu avec Windows 8 qui était déjà un système d’exploitation hybride pour tablettes et pour ordinateurs, mais à terme le but de Microsoft est de pouvoir avoir un système équivalent à celui-d’Apple où on ne fait plus vraiment la différence entre un téléphone portable et une tablette, où l’on peut jouer aux mêmes jeux de manière interactive (NDLR: on parle ici du cross-platform gaming introduit par Microsoft sur Windows Phone avec le jeu Halo), où l’on peut communiquer facilement d’un appareil à l’autre avec Skype etc.

Il ne fait aucun doute que les futurs smartphones produits par Microsoft seront encore mieux intégrés dans cet écosystème, qui est actuellement en plein développement, et qu’ils profiteront d’un atout qui empêchait Nokia de se développer aux États-Unis, c’est à dire, la puissance du marketing du géant de Redmond. En effet, jusqu’à maintenant Nokia était tributaire d’alliances malheureuses avec des opérateurs téléphoniques tels AT&T, Sprint ou VeriZon, mais avec tout le poids de Microsoft derrière ses téléphones, le rapport de forces va changer et la visibilité des smartphones sous Windows Phone va augmenter fortement.

Microsoft fait donc un pari avec le rachat de la division mobile de Nokia, cependant les risques de ce pari sont très calculés et finalement limités.

Et Nokia dans tout ça?

La question que beaucoup se posent est évidemment : Verra-t-on encore un jour de nouveaux téléphones Nokia?

Malheureusement il est peu probable que ce soit le cas, et en tout cas pas dans un futur proche. Nokia n’aura en effet plus de droit d’utiliser sa marque pour des téléphones portables avant le 31 décembre 2015 comme définit dans ce rachat. Un retour de Nokia à ce moment-là est dès lors peu probable vu le temps qui se sera écoulé à ce moment-là.

Nokia perdra environ 33 000 de ses 88 000 employés dans le deal et près de la moitié de son chiffre d’affaires (environ 14,5 milliards d’euros en moins). Cependant, l’entreprise finlandaise garde ses divisions de services de cartographie, d’infrastructure réseau et de recherche. Celles-ci sont rentables et Nokia pourra donc utiliser le cash généré par la vente pour faire des rachats stratégiques dans ces secteurs-là, on pense plus précisément à Alcatel-Lucent le géant français des infrastructures de télécommunication.

Pierre-Emmanuel Dumont de Chassart

Pierre-Emmanuel Dumont de Chassart

Fondateur et Webmaster chez Windows Phone Corner
Il y a deux sortes de justice :
Vous avez l'avocat qui connaît bien la loi, et l'avocat qui connaît bien le juge...
Pierre-Emmanuel Dumont de Chassart